Le vrai « worship »

Un jeune pasteur toulousain, Jonathan Spencer, était invité au dernier séminaire E21 à Genève pour enseigner à propos de l’adoration (worship). Son intervention rafraichissante m’a rappelé un super petit livre (petit mais costaud) de Vaughan Roberts que je résume et adapte ici pour nos lecteurs francophones. Attention, ça décoiffe.

Pourquoi vrai/faux worship?

Ce petit livre répond aux questions « c’est quoi le culte » et « comment fait-on pour adorer Dieu »? Au prime abord des questions tellement simples, mais ce n’est finalement pas si facile d’y répondre. Si on se les pose, c’est surtout parce que Dieu est à la recherche de vrais adorateurs (Jn 4.23). Et parce que, logiquement, cette recherche de Dieu implique qu’il existe une fausse manière de l’adorer.

Chapitre un – En Esprit et en vérité (Jn 4.19-24)

Résumé: Le vrai worship de Dieu le Père est seulement possible par Dieu le Fils, au travers de Dieu l’Esprit en entendant la vérité de Dieu par sa Parole, la Bible.

Nous ne devons pas séparer l’Esprit et la vérité: ni identifier le travail de l’Esprit à un moment d’émotion (au travers des chants par exemple), ni identifier le travail de la Parole à un moment cérébral (étude biblique). Non, Dieu l’Esprit utilise la vérité, sa Parole, pour nous guider à Christ, pour faire de nous de vrais adorateurs et nous maintenir dans une vie d’adoration.

3 vérités importantes de cette conversation dans Jn 4.19-24 entre Jésus est la Samaritaine à propos des vrais adorateurs de Dieu :

  • Le vrai worship est impossible sans Jésus (Jn 4.21-23). Jésus révèle qu’un moment arrive où on n’ira plus ni à Jérusalem ni à Médine ni dans une chapelle pour adorer Dieu. Les lieux saints n’ont plus lieu d’exister, et cette vérité est aussi tonitruante aujourd’hui qu’à l’époque. En Jn 4.25-26, Jésus révèle qu’il est celui qui accomplit l’idée de Temple. Le vrai worship ne dépend plus d’un lieu mais d’une personne. Sans que Vaughan Roberts ne le dise, c’est l’idée de l’œcuménisme qui prend un coup : comment envisager une adoration avec des croyants qui n’adorent pas ce Jésus?
  • Le vrai worship est impossible sans l’Esprit (Jn 4.24). Cela veut dire que notre adoration est supernaturelle et que nous avons besoin de Dieu lui-même (Saint-Esprit) pour l’adorer. Cela n’a rien à voir avec le fait de fermer les yeux et de penser très fort à quoi que ce soit. On ne peut l’adorer par soi-même, il faut être né de nouveau; « né de l’Esprit ».
  • Le vrai worship est impossible sans la vérité (Jn 4.24). Même si cette dernière vérité rentre en contradiction totale avec le relativisme ambiant. Jésus est la vérité. Il nous a révélé Dieu. Jésus parle 2 fois de « son heure » sans laquelle on ne peut adorer Dieu. Jésus est notre rédempteur et celui qui nous offre une nouvelle voie vers Dieu. Le vrai worship est une réponse à la vérité, pas une initiative humaine.

Chapitre deux – Sacrifices vivants (Ro 12.1-2)

Résumé: La Bible insiste sur le fait que le vrai worship est le don de toute une vie, pas une activité du dimanche matin entre 4 murs. Romains 12.1-2 est un bon résumé de l’enseignement global à propos du vrai culte.

À votre avis, entre Jeanne qui pardonne à sa collègue alors qu’elle vient de foutre en l’air plusieurs heures de travail, Jean qui commande un jus de fruit alors que ses potes se resservent une pinte et Pierre qui chante à tue-tête son CD de worship dans la voiture. Lequel des 3 est un adorateur comme la Bible le décrit?

1- Le vrai culte requiert le souvenir/un rappel de la grâce de Dieu (Ro 12.1a). Dans les chapitres précédents (1–11), Paul décrit cette grâce. Dans les chapitres suivants (12–15), Paul décrit la bonne réponse à celle-ci: ce qu’on devrait faire en réponse à cette grâce. Donc Ro 12.1-2 est un verset charnière. La compréhension de la grâce de Dieu est le carburant qui nous rend capables d’adorer dans tous les aspects de notre vie. Comme Valjean dans Les Misérables qui est transformé par sa rencontre avec l’évêque Myriel.

Certains se régalent d’entendre parler de Christ et de son sacrifice à la croix dans les premières années de leur vie de chrétien. Mais ils finissent par penser, le temps passant, qu’il faut évoluer vers un niveau supérieur. Quelque chose de plus consistant. C’est très dangereux. Comme on dit, la grâce n’est pas le b-a-ba de la vie chrétienne, mais le A-Z.

[Tweet  » La grâce n’est pas le b-a-ba de la vie chrétienne, mais le A-Z. »]

2- Le vrai culte requiert le sacrifice de mon corps/être tout entier (Ro 12.1b). Dieu demandait les sacrifice d’animaux dans l’ancienne alliance pour préfigurer le sacrifice ultime de Jésus. Aujourd’hui, Dieu n’a pas besoin de sacrifices pour nous être favorable. Parce que c’est Jésus qui a fait cela.

Mais Romains 12.1 parle d’un sacrifice qui est « raisonnable » (logique): moi. Et puisque ce sacrifice est logique/raisonnable, l’adoration fait fonctionner ma raison, contrairement à ce que la « spiritualité » de notre temps tente de nous faire croire. La raison et le corps sont importants, parce qu’adorer Dieu c’est repenser ce que je fais de mes mains, de ma langue, de mes yeux, de mes pieds, de mon sexe…

3- Le vrai culte requiert l’obéissance à la volonté de Dieu dans tous les aspects de ma vie (Ro 12.2). On ne peut pas juger de la qualité de l’adoration d’une Église en observant l’heure où elle se réunit le dimanche. Le vrai test, c’est l’attitude des adorateurs le reste de la semaine. Les chapitres 12 et 13 de Romains sont un exposé de ce à quoi ressemble la vie d’un adorateur dans différentes relations :

  • Ma relation à moi-même (Ro 12.3-8) – « je dis à chacun de vous de ne pas avoir une trop haute opinion de lui-même, mais de garder des sentiments modestes. »
  • Ma relation aux autres chrétiens (Ro 12.9-16) – « Par amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres et rivalisez d’estime réciproque. »
  • Ma relation à mes ennemis (Ro 12.17-21) – « Ne rendez à personne le mal pour le mal. »
  • Ma relation à l’autorité (Ro 13.1-7) – « Que chacun se soumette aux autorités qui nous gouvernent. »
  • Ma relation aux standards de Dieu (Ro 13.8-14) – « sans orgies ni ivrognerie, sans immoralité ni débauche, sans dispute ni jalousie ».

Pourquoi un rassemblement hebdomadaire?

Puisque l’Église n’est pas un bâtiment mais le rassemblement de chrétiens, certains ont déjà décidé de bannir de leur vocabulaire « je vais à l’Église ». Vaughan Roberts semble envisager de bannir « rendre un culte ». Mais alors, pourquoi est ce que les chrétiens se rassemblent le dimanche alors? Réponse dans les 2 prochains chapitres.

Chapitre trois – On ne se rassemble pas spécifiquement pour adorer

Résumé : Le Nouveau Testament enseigne que nos rassemblements ne sont pas dirigés de nous vers Dieu, mais plutôt de Dieu vers nous. Étonnant, non? Pourquoi cette idée nous paraît si étrange? Parce que nous continuons d’adorer comme dans l’ancienne alliance.

4 mots sont utilisés dans le Nouveau Testament pour décrire l’adoration, ce qui se fait durant ces rencontres, mais ils ne sont jamais utilisés pour définir le but de nos rencontres.

  • Proskuneo. Littéralement, se prosterner. Comme dans 1 Corinthiens 14.25.
  • Leitourgeo. Servir. Dans l’ancienne alliance, l’action concernait les anges, les prêtres dans leurs fonctions. Mais dans la nouvelle (Ro 13.6), elle est plus large; le service n’est pas restreint à l’Église mais concerne aussi nos autres activités. Actes 13.2 se réfère surement à la prière.
  • Sebomai. Respecter.
  • Latreuo. Adorer.

Dans l’ancienne alliance, le sens de l’adoration allait du peuple vers Dieu. Mais Jésus a tout accompli. Il a amené le système sacerdotal, le temple et les sacrifices à leur but final. Tout cela n’était que temporaire, des « ombres »; c’est le message de l’épître aux Hébreux. Dans cette lettre, des chrétiens sont justement, de part leurs origines juives et une forte persécution, tentés de retourner à l’ancien système d’adoration. L’auteur montre que ce serait une grossière erreur. Jésus est le prêtre parfait, le sacrifice parfait et l’accès parfait à Dieu le Père. Il n’y a donc plus besoin de lieu, d’intermédiaire (médiateur/prêtre) ou de sacrifices expiatoires. L’ancienne manière d’adorer n’a plus lieu d’être parce que Jésus a tout accompli.

Chapitre quatre – On se rassemble premièrement pour s’encourager

Résumé: « L’Église est avant tout une station-service ou les chrétiens sont servis pour qu’ils puissent mieux servir Dieu » (p. 60).

Cet encouragement prend la forme de 2 actions:

  • L’épître aux Hébreux (Hé 10.24-25) parle de s’encourager en attendant « le jour ».
  • Paul (1 Th 5.11) parle de s’édifier. La question que nous avons à nous poser est « notre rassemblement est il édifiant? » C’est l’argument de Paul en 1 Corinthiens 14.

La conclusion des 2 chapitres précédents est que nos rassemblements visent premièrement le service de Dieu envers nous plutôt que notre adoration envers lui. Ce n’est plus nous qui servons mais Dieu qui nous sert au travers de:

  1. sa Parole. C’est la marque de l’Église d’après les Réformateurs. La Bible, parole écrite de Dieu, doit être au centre de notre rassemblement d’abord parce qu’elle crée l’Église (Ep 1.13; Jn 10.27) et ensuite parce qu’elle construit l’Église (1 Pi 2.2; Col 3.16).
  2. ses ordonnances (« sacrements »). Le baptême et la cène doivent aussi être compris comme des proclamations de l’Évangile de Dieu à son peuple, avant d’être des témoignages des hommes vers Dieu ou entre eux.
  3. ses dons spirituels. Chaque chrétien reçoit des dons spirituels de Dieu (1 Co 12.7) et se doit de les exercer envers les autres membres du corps (Ro 13.8; Hé 10.24; 1 Pi 4.9; Col 3.16; Ep 5.19; Ro 16.16; Gal 5.13). 1 Corinthiens 12 à 14 enseigne la priorité de l’amour sur les dons et la grande variété de ces dons. La bonne question à se poser n’est pas « quel est mon don? » mais « comment puis-je servir? ».

Même si l’adoration n’est pas le but premier de notre rassemblement, c’est aussi vrai qu’une partie de notre rassemblement exprime envers Dieu :

  • notre louange (Ac 2.47; 1 Co 10.16; Ep 5.19-20; Col 3.16);
  • nos prières (Ac 4.23-31).

Notre rassemblement hebdomadaire, c’est la volonté de rencontrer les autres chrétiens tout autant que de « rencontrer Dieu ». L’idée qu’un chrétien puisse vivre solo sans les autres devient carrément déplacée. De même qu’un « culte sur internet » paraît complètement manquer ce but. Parce que notre dépendance est grande envers les autres membres du corps.

De plus, cette vision nous donne aussi une motivation supplémentaire pour arriver avant l’heure et repartir un peu plus tard. Et les questions qu’on se pose pour participer et pas consommer un tel moment, sont: Y a-t-il un nouveau à accueillir, un faible à encourager, quelqu’un à inviter?

Chapitre cinq – Chants et instruments

La Bible dans son ensemble nous encourage à chanter. C’est un fait indiscutable. Mais pourquoi?

  • Certainement pas pour « entrer dans la présence de Dieu », ce serait une offense à l’œuvre de Jésus;
  • ni pour pour faire monter la pression ou ressentir un « frisson ».

Le danger avec cette idée de voir un moment de chant comme une communion spéciale avec Dieu c’est non seulement une mauvaise adoration mais c’est aussi:

  • prendre le risque de mettre la Parole de Dieu de côté. Ro 10.17 fait prédominer la Parole sur la musique. Si on choisit l’Église en fonction du groupe qui leade le moment de « worship » au lieu de la qualité de l’enseignement, il y a un problème.
  • prendre le risque d’ébranler son assurance. Parce que notre assurance dépend de l’œuvre de Christ et pas de nos sentiments.
  • prendre le risque d’idolâtrer les musiciens.
  • prendre le risque des conflits et des divisions (sur le choix du style de musique et parce que tous les gouts sont dans la nature).

La Bible montre au moins 2 raisons pour lesquelles nous chantons. Elle dit que nous devrions chanter:

  • pour louer, c’est à dire rendre hommage à Dieu. Nécessairement avec des hymnes et des chants qui parlent de lui et de ses œuvres. Ces chants mettent automatiquement nos sentiments en action et on ne doit pas les en détacher.
  • pour nous encourager les uns les autres. Oui, on chante pour les autres chrétiens.

4 conseils pour choisir de bons chants sous forme de questions:

  • Ce chant est il vrai?
  • Ce chant est il « théocentrique »?
  • Ce chant est il clair?
  • Ce chant est il participatif?

Chapitre six – Le repas du Seigneur

La première institution du repas du Seigneur (Mt 26.17-30; Mc 14.12-26; Lc 22.7-23) était:

  1. une explication de sa mort (références à la Pâque, à la nouvelle alliance, un appel à la foi);
  2. une anticipation de son retour;
  3. le démarrage d’un repas-souvenir (Lc 22.19).

2 autres passage du Nouveau Testament nous révèlent ce que ce repas signifiait pour Paul (1 Co 10.14-22; 11.17-34) et correspondent à:

  1. un souvenir (regarder en arrière);
  2. un symbole de communion avec Christ (regarder en haut);
  3. un symbole de communion avec les autre membres du corps de Christ (regarder autour);
  4. l’espoir (regarder devant).

Vu comme ce livre décoiffe, avec ses applications proposées, on attend vos commentaires!

Franck Godin

Disciple de Jésus, Franck est marié à Flavie. Ils ont 4 enfants. Après un cursus à l'Institut Biblique de Genève, Franck et sa famille ont rejoins une implantation à Toulouse. Franck a aussi le soucis que les graffeurs entendent l'Évangile avec GospelOnWallz.

Articles pouvant vous intéresser

  • Juste une partie d’un partage développé dans nos maisons. C’est la fin de celui-ci

    ‘’…pour que je sois ministre de Christ Jésus pour les nations exerçant la sacrificature (sacerdoce) dans l’Évangile de Dieu, afin que l’offrande des nations soit agréable, étant sanctifié par l’Esprit Saint.’’ (Darby)

    La prédication de l’Évangile par Paul n’était pas une simple prédication mais un acte de grâce et d’adoration envers le Seigneur. Il ne parlait pas directement à ses auditeurs. Il les présentait à Dieu, comme les prêtres devant l’autel d’airain offrant les victimes sacrifiées.

    Ces personnes étaient présentées devant Dieu afin d’être agréées. Paul a la même attitude que le prêtre qui offre son sacrifice à l’Éternel. Il sait que sa parole (la sienne propre) ne peut pas les toucher. La parole inspirée par l’Esprit-Saint sanctifiait ces hommes et ces femmes présentés ainsi à Dieu. Elles pouvaient être touchées à salut par le Saint-Esprit qui pouvait les convaincre de péché, de justice et de jugement.

    Paul faisait bien plus que prêcher ! Il offrait à Dieu par sa prédication ses auditeurs et le Saint-Esprit les touchait à salut. L’apôtre rendait ce culte à Dieu en évangélisant. C’est une attitude de cœur qui prouve la dépendance de Paul à son Seigneur. Il savait que seul, le Seigneur, avait la puissance d’amourpour les sauver.

    Nous avons d’autres passages qui expriment clairement ce culte raisonnable par les exhortations de Paul :

    23
    Tout ce que vous faites, faites–le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes,
    24 sachant que vous recevrez du Seigneur l’héritage pour récompense. Servez Christ, le Seigneur.

    Cette exhortation nous donne la clé pour être ces adorateurs que le ‘Père recherche.’’ Tout ce que nous accomplissons dans notre vie doit être pour le Seigneur. Lorsque nous sommes à notre travail, nous travaillons pour le Seigneur et non pas pour le patron ou pour notre salaire. Le travail devient ainsi un acte d’adoration envers le Seigneur. Il doit être ce parfum allumé par le feu de la croix pour être le parfum de Christ qui monte vers le Père et touche ceux qui travaillent avec nous, ainsi que le patron.